Le compositeur Léonard Bernstein avait émis cette idée que… « la musique offrait une volonté de comprendre et peut-être qu’un jour cela sauvera le monde ». Visiblement, cette noble pensée s’est avérée être une douce illusion quand on constate les désordres qui agitent le monde en question.
Pourtant, de la musique, tout le monde en écoute. Il n’y a qu’à voir le nombre de quidams équipés d’écouteurs ou de casque dans la rue ou les transports en commun. Les millions de téléchargements sur les plateformes attestent de l’appétence pour toutes les formes musicales.
Au moment où vient de se tenir à Chenôve la Sainte Cécile avec deux magnifiques concerts donnés au Cèdre, nous voulions partager avec vous l’entretien que nous avons eu avec deux musiciens amateurs engagés depuis des lustres au sein de la « Cipale » de Chenôve.
Maurice DALLIANCE (84 ans) et Daniel GARNERET (78ans) sont les deux vétérans de cette vénérable institution historiquement dénommée la Fanfare devenue la Musique Municipale en 1967, lorsque Léon WEBER en prit la direction.
Tous deux sont natifs de Chenôve où ces deux familles sont bien connues.
Maurice intègre la Fanfare en 1955 après avoir suivi des cours de solfège et de trombone au Conservatoire de Dijon alors situé rue du Transvaal. Il n’a pas eu de mal à emprunter le chemin de son père, Henri Alexandre DALLIANCE, membre de la musique des cheminots. Il s’y faisait particulièrement remarquer lorsqu’à chaque banquet de la Sainte Cécile le « Papa Dalliance » entamait la ritournelle « Les petits soldats français ». Une histoire de famille qui dure. Lui aussi a fait sa carrière dans les chemins de fer au service des aiguillages.
Maurice aime à rappeler que Chenôve a compté 11 bistrots et que tous étaient fréquentés par les musiciens qui y donnaient souvent une aubade, histoire de se rafraîchir. Nono l’Bombi (Roger Vachon) membre lui-même de l’harmonie (clarinette) narre dans son ouvrage « Chenôve d’hier » qu’il existait une coutume qui voulait qu’à chaque répétition un broc de vin était offert par un musicien-vigneron. C’était, écrit-il, la « pause rosé ». Aujourd’hui, il y a prescription…et proscription heureusement.
Daniel lui a grandi avec sa famille établie rue Paul Bert. Il avait l’habitude, enfant, d’assister aux concerts donnés place Laprévote ou au café Le Saint Vincent. Tout naturellement, il s’est inscrit dès 1955 aux cours de solfège assurés par M.PERRIAUX et dispensés à l’école primaire des garçons, un peu plus haut que chez lui. Il ne garde pas un excellent souvenir de son prof qui lui imposa de jouer de la basse au prétexte qu’il avait « de grosses babaches ». Un peu brutal. Et c’est depuis cette époque qu’il évoluera jusqu’à ce jour dans le registre des instruments à vent : euphonium (tuba ténor), hélicon, saxophone alto. Finalement, c’était une bonne prédiction.
Une discipline qui demande surtout du souffle. Et Daniel n’en manque pas puisqu’en plus de la musique, il s’adonne à la peinture (aquarelle, huile). Une passion qu’il aime communiquer et qu’il enseigne depuis 20 ans dans une M.J.C. dijonnaise. Il rejoint souvent son atelier à Val Suzon, village dans lequel il participe également à la sauvegarde des forges.
Nos deux musiciens évoquent les très bons moments, en particulier où la Musique Municipale avait les moyens de se déplacer à l’international : Hollande, Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Suisse, Espagne, Maroc et même le Mexique !
Ils apprécient tout particulièrement ce temps de « conclave » mis en place depuis 2020 où, le temps d’un week-end, tous les musiciens migrent à la Maison familiale de La Roche du Trésor, dans le Doubs avant les congés de la Toussaint. Là, ils y travaillent les morceaux qu’ils joueront lors de la Sainte Cécile fin novembre. Un travail acharné dans une ambiance des plus harmonieuse.
Ils se souviennent également de l’année 1967 qui vit l’arrivée des premières jeunes filles dans les rangs : Jacqueline BARO (clarinette) et Mireille PATRU (saxo alto). Aujourd’hui, la parité est de mise.
Tous les deux ont vu la progression qualitative de l’harmonie qui place la Musique Municipale de Chenôve aux tout premiers rangs des formations régionales.
L’ambiance est des meilleures et la relève est assurée. Aucun conflit intergénérationnel. Le président Fabien CHATEAU veille sur ses protégés tandis que Maxime PITOIS impose le tempo avec une précision d’orfèvre.
Nous ne sommes par loin de penser que Mozart avait sans doute raison, lui qui prétendait que « la vraie musique est entre les notes ».
Crédit photos : Joël Fanet, Maurice Dalliance, Bernard Garneret, famille Vachon