Dans un récent papier du Bien Public (édition du 24 février), il est question du rachat, par Dijon Métropole, de l’ancien site Peugeot (97-99-101 avenue Carraz). Il y est fait état notamment, à un article contenu dans le cahier des charges du lotissement de la zone industrielle de Dijon-Chenôve (1966), d’une clause qui impose une destination à usage d’établissements industriels, artisanaux ou à usage d’entrepôts pour toute cette zone économique du sud dijonnais.
Le PLUi-HD a clairement défini l’axe Carraz comme un espace foncier où seront édifiés nombre de nouveaux logements. Dès lors, une révision de ce plan local d’urbanisme sera nécessaire puisqu’il y a manifestement une incompatibilité.
Cette situation constitue pour notre association E.P.C. une occasion de réaffirmer un principe auquel nous sommes attachés : la concertation avec les habitants et usagers concernés préalablement à toute opération d’aménagement urbain.
Le projet de construction d’à peu près un millier de nouveaux logements le long de l’avenue Carraz inquiète nombre de riverains et d’entreprises qui souhaitent rester dans leur pavillon ou maintenir leur activité commerciale là où elles sont installées.
Nous ne contestons pas la nécessité de créer de nouveaux logements au regard des besoins : personnes âgées qui recherchent un appartement plus confortable et accessible, jeunes étudiants, familles monoparentales, jeunes couples primo-arrivants, etc.
Mais nous n’apprécions pas la politique du fait accompli, le passage en force des promoteurs qui, chacun, viennent construire un immeuble là où se présentent des opportunités. Souvent, les propriétaires des pavillons cèdent à la pression maximum encouragée par des prix de rachat exorbitants ! Sans parler du cachet urbanistique qui manque souvent cruellement de cohérence avec les exigences d’ilots de verdure, de stationnement indispensable pour une bonne qualité de vie, de prise en compte des mobilités douces (piétons, cycles…).
C’est à se demander qui maîtrise quoi ? Les promoteurs ou les politiques sachant qu’au final, c’est toujours le Maire qui délivre et signe un permis de construire.
Nous aimerions bien que les actes soient conformes aux engagements. Certes, chacun sait qu’en politique, les promesses n’engagent que celles et ceux qui les reçoivent. Mais c’est inquiétant lorsque ces promesses sont contenues dans des programmes électoraux ou formulées dans différents supports médiatiques.
Dans son engagement 59 de son manifeste publié à l’occasion des municipales de mars 2020, le Maire de Chenôve s’est engagé à « …protéger les quartiers résidentiels existants d’une urbanisation sauvage en limitant les constructions et la hauteur des bâtiments ».
Alors, comment interpréter l’édification actuelle d’un immeuble de 35 appartements boulevard Ml Leclerc en pleine zone pavillonnaire alors que ce secteur aurait dû être préservé ou même en face où deux pavillons viennent d’être détruits afin d’y implanter un gros immeuble à la place…à proximité d’autres maisons individuelles ?
De son côté, le président de la S.P.L.A.D. affirmait, dans une interview réservée à Dijon-Hebdo (décembre 2022) « …l’objectif des responsables politiques est de proposer des solutions en liaison avec la population dans le cadre de la démocratie participative. Les élus l’ont toujours pratiquée ( !!!) sous différentes formes. C’est la concertation. La meilleure expertise est l’expertise du quotidien des habitantes et des habitants. L’objectif est de se situer dans le monde de demain et non pas le monde d’hier ».
Alors on dit « Chiche » ! Quand allez-vous nous concerter ?
Cette absence de concertation préalable conduit à des situations ubuesques comme la suppression du parking Changenet (42 places) afin d’y édifier en lieu et place un ensemble immobilier d’une cinquantaine de logements. Où trouver désormais au vieux Chenôve les places de stationnement nécessaires pour déjà les riverains, les clients des deux restaurants (Les 23 Couverts et l’Auberge du Vieux Pressoir), les participants aux cérémonies religieuses (mariages, obsèques) ainsi qu’aux cérémonies républicaines au monument aux morts ?
Dans le même registre, le cœur de ville voit et va voir l’arrivée d’environ 300 logements avec une moyenne de 2 voitures par foyer. Où vont stationner ces 600 nouveaux véhicules, en dehors des garages souterrains et dans un espace public déjà saturé ?
Et pourquoi ne pas avoir commencé, avant le lancement de l’opération « Cœur de Ville » par une étude d’impact qui aurait déjà permis d’associer les habitants, les riverains actuels et d’apprécier la densité admissible des logements à construire.
Aujourd’hui et demain, il va falloir gérer la colère et le mécontentement des habitants. Les citoyens responsables, c’est-à-dire au fait de leurs droits et devoirs, ne veulent plus se contenter de belles paroles. Ils veulent de la cohérence dans l’action publique, ils veulent être consultés, concertés, impliqués parce qu’ils sont porteurs d’une expertise d’usage.
A force de ne pas considérer la parole des habitants (quand ils arrivent à l’exprimer) de ne pas entendre les mécontentements et de confisquer le débat entre élus et techniciens, on accroît la distanciation entre les mêmes élus et les citoyens(ennes) qui se détournent progressivement de la représentation.
Aujourd’hui, avec le dérèglement climatique constaté par tous, il convient d’avoir une réflexion différente sur la manière de construire une ville. Il n’est plus tolérable que les promoteurs exercent une pression maximale sur les personnes âgées, mais pas que, pour qu’elles vendent leur pavillon et bout de jardin, comme cela est le cas avenue Maxime Guillot et avenue Carraz.
C’est pourquoi nous attendons avec impatience de connaître les modalités de concertation avec les habitants maintes fois annoncées par le Maire concernant l’aménagement du sud dijonnais, de l’axe Carraz en particulier sur lequel un périmètre d’étude a été décrété.
Ce sont bien aux élus locaux d’édicter les règles de la construction durable et de l’aménagement adapté à l’urgence climatique, ceci en y associant les habitants.
Ceux à qui cela ne conviendrait pas (architectes, promoteurs, bailleurs, aménageurs) devront aller bâtir ailleurs !
La ville est une organisation complexe qui nécessite une relation harmonieuse entre le bâti et l’humain. Une nouvelle écologie urbaine s’impose.
On n’en prend pas le chemin en imaginant que la densité urbaine rendra les gens heureux !
Photos : Joël Fanet et anonymes
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